Lundi 31 janvier 2011 1 31 /01 /Jan /2011 23:04

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Série en 8 tomes

Scénario : John Jackson Miller

Dessin : Brian Ching, Weaver, Tolibao, Dazo, Robinson, Zachary, Chan

 

Bien que je sois, comme beaucoup, passionné par l'univers de Star Wars (avec des hauts et des bas, cependant), je n'avais encore jamais eu l'occasion de lire les comics de la fameuse (et parfois envahissante) licence. Par méfiance. Malgré ma bédéphilie, ou peut-être justement à cause d'elle, je considérais surtout ces bandes dessinées comme des produits dérivés négligeables au même titre que nombre de ceux estampillés par les filiales LucasFilms, LucasBooks et autres LucasArts. J'imaginais des intrigues vite torchées, infantiles, usant des poncifs de l'univers lucasien jusqu'à la corde et un aspect graphique assez grossier. Par ailleurs, j'ai toujours peu apprécier la BD américaine, tant par ses styles graphiques que narratifs. Je n'avais pas tout à fait tort, en partie : il existe effectivement des comics SW de qualité très très inégale, surtout dans les magazines du type Star Wars, la saga en BD, où le correct côtoie souvent le pire. Et même dans les albums des Editions Delcourt de la collection Contrebande (dont fait partie KOTOR), on trouve de tout, non seulement en terme de qualité mais aussi de pertinence : certains albums demeurent très anecdotiques, mis sur le marché plus par souci financier que pour véritablement enrichir ce que l'on a coutume d'appeler l'Univers Etendu (l'UE). De quoi satisfaire, sans doute, la passionaria des plus mordus mais pas la mienne, qui reste sélective. Toutefois, le catalogue SW de la collection est, aujourd'hui, suffisament riche pour que l'amateur y trouve au moins (dans le pire des cas) une série (voir un album) qui fasse son bonheur.

 

 

Chevaliers de l'Ancienne République s'inscrit pour moi aisément en tête de la collection, bien que j'ai pu découvrir par la suite d'autres séries presque aussi réussies. Et je dirais même que, si je fais abstraction de l'univers starwarsien lui-même pour la comparer à d'autres BD de science-fiction et même à la science-fiction [u]divertissante[/u] sur grand ou petit écran (je ne parle pas ici d'une SF spéculative plus ambitieuse dans le propos mais aussi tellement rare) elle ne démérite pas. Cela tient pour commencer à un très bon travail du scénariste John Jackson Miller qui, seul à la barre (cas assez rare dans les comics) parvient à garder le cap et rendre son histoire prenante de bout en bout tout au long des huit tomes que compte la série. Et quand on sait que chaque volume fait entre 120 et 150 pages, ce n'est pas une mince affaire. Bien sûr, Miller ne révolutionne pas la science-fiction, ne propose aucun postulat ambitieux susceptible de nous donner le vertige par ses perspectives "philo-socio-scientifiquo-bidule" mais s'acquitte de sa tâche en bon professionnel qui sait devoir officier dans les limites d'une franchise qui a ses propres canons, codes, références, toutes bien établies (et encore mieux surveillées par les pontes de LucasBooks on s'en doute !). Au programme donc : de l'action, de l'aventure débridée, de l'humour, de la politique, des combats spatiaux, du suspens, de l'émotion, bref le panel complet des ingrédients de base du genre, que l'on retrouve dans les meilleurs sagas y compris une certaine qui débuta en 1977 dans une galaxie lointaine. Mais qu'importe les ingrédients, l'important est dans la manière de les accomoder selon les principes de rythme, de dosage, d'effets, d'imprévus, de style.

 

 

Le scénario de Miller ? Riche sans sombrer dans la complexité dommageable ou la confusion, bien équilibré, extrèmement cohérent, l'action (pourtant très présente) ou le contexte politique ne passant pas au détriment des personnages qui ont beaucoup de relief. Ce dernier point contribue particulièrement à la réussite de KOTOR : la plupart d'entre eux éveillent notre intérêt, tant par la force de leur caractère que par leur histoire personnelle, leur destin et leurs zones d'ombre. Et leur évolution. Le jeune Zayne Carrick, passe ainsi du padawan gaffeur et inscouciant au statut dramatique du fugitif innocent traqué par ses maîtres. Jarael, belle et farouche arkanienne à la peau de marbre, se dévoile tour à tour combative et fragile, caustique et indulgente, et traîne avec elle un passé pour le moins lourd à assumer (autant pour elle que pour lecteur d'ailleurs). Quant à Marn Hiérogryphe ("Gryph" pour faire court), le combinard au pragmatisme souvent proverbiale, il est certes l'élément humoristique incontournable de ce type de série mais aussi le personnage délicieusement amoral et cupide mais dont l'amitié réelle qu'il voue à Zayne et Jarael et les bonnes intentions qu'il prend bien soin de faire passer pour de simples "investissements" n'est pas sans nous rappeler un certain Han Solo dans sa période "A new hope", jouissif dans son cynisme d'aventurier tête de lard, avant que Lucas ne gomme quelque peu les aspects du personnage les moins reluisants et pourtant les plus intéressants. Miller ne commet pas la même erreur. Gryph demeure tel qu'en lui-même au bout du dernier tome : voyou impénitent et c'est tant mieux. Outre le trio vedette, il me faudrait encore citer des personnages aussi marquant tels que Lucien Dray, le Maître Jedi impitoyable dont les actes inadmissibles (au vu de son statut) sont guidés par une vision fataliste presque aussi perturbante que celle subie par un certain Anakin ; Haazen, le servile conseiller de la prestigieuse famille Dray qui ne garde profil bas que pour mieux faire éclater ses réelles ambitions au cours d'un tome 5 apocalyptique ; Rolhan, le mandolarien renégat dont le tort vis à vis de ceux de son espèce est de "se poser trop de questions" dans une guerre dont il mesure toute l'absurdité ; Démagol le "mengele" mandalorien, aussi pourvu de ruse que dénué de toute pitié, pour qui les êtres ne sont que des rats de laboratoire ; Chantique la redoutable esclavagiste et "némésis" de Jarael ou encore, dans un registre plus fun, les inénarrables frères Moomo, chasseurs de primes ithoriens d'une stupidité sans nom et faisant figure de Dupond/Dupont intergalactiques. Une fascinante et variée galerie de personnages auxquels viennent s'ajouter, de manière furtive, deux figures importantes pour des événements postérieurs à la série mais que les fans et/ou les adeptes des jeux vidéo KOTOR se plairont à identifier : Revan et Malak. 

 

Il me faut aussi mentionner une qualité assez rare dans ce type de production qui m'a agréablement interpellé : celle des dialogues. Justes, caustiques, sans verbiage inutile ou au contraire répliques aussi lapidaires que prévisibles dont les films de Lucas nous ont souvent donné l'habitude. 

Bref, un travail de vrai et bon scénariste professionel, faisant preuve de toutes ces qualités qui faisaient souvent défaut à Lucas dans la Prélogie et qui renoue davantage avec ceux de la Trilogie originale. Mais je n'hésite pas à le dire: KOTOR la dépasse sur ce point. Hé oui, scénariste c'est un métier et John Jackson Miller a beaucoup contribué à me réconcilié avec l'univers de SW.

 

 

Graphiquement, Brian Ching est pour moi une fameuse découverte (avec Doug Wheatley sur une autre série appelée Dark Times). Il surpasse facilement les autres dessinateurs et je regrette qu'il n'ait pas eu l'occasion (ou le temps) de dessiner toute la série. Un constat plutôt sévère pour les autres dessinateurs qui donne un peu l'impression d'être de simples "intérimaires" faisant de leur mieux en attendant que le "maître" reprenne sporadiquement la série. Pour autant, je ne dénigre pas leur travail non plus mais leur dessin est moins personnel, plus passe-partout, plus conventionnel : entre Weaver, Tolibao et Dazo, les différences m'ont parues minimes, réunies dans la même banalité. En outre, j'ai souvent trouvé les planches de Dazo fort surchargées. En revanche, je n'ai pas  du tout aimé celui de Ron Chan (qui a heureusement peu contribué à la série) : dans le premier chapitre de La destructrice, son style est vraiment enfantin et je ne lui pardonne pas d'avoir donné à Jarael cette tête de courge, ce physique sans grâce. 

 

 

Si je devais faire quelques critiques défavorables, chicaner sur quelques détails (outre les réserves que j'ai émises sur le travail de certains dessinateurs), je pourrais épingler le principe très (trop ?) classique du fugitif qui trouve refuge auprès d'un groupe de compagnon d'infortune à bord d'un vaisseau déglingué, avec le personnage roublard et un brin immoral pour faire contrepoint avec le héros vertueux et la belle mystérieuse de service. Il faut dire que je sortais de Dark Times et on y trouvait aussi plus ou moins le même schéma. Mais c'est un détail au regard de la qualité de l'ensemble...et du plaisir que j'ai eu à la lire. Ceux qui connaissent déjà bien l'Univers Etendu de SW et/ou KOTOR n'ont pas besoin d'être convaincu : mon texte aura probablement pour eux une simple valeur de confirmation. A ceux qui ne connaissent pas encore cette série, je dirais seulement : embarquez vite dans la prochaine navette et laissez vos préjugés anti-SW à la cantina du coin. Chevaliers de l'Ancienne République, outre le fait d'être aussi un produit LucasBooks, est surtout... une excellente et très divertissante série de science-fiction. Ni plus, ni moins.

 

Quelques planches signées Brian Ching :

 

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Par EdenBlog - Publié dans : Bandes dessinées
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